- Rabat souhaite une relation stable avec la France
- La perception française du Maroc évolue
- Les MRE gagnent en importance dans la stratégie extérieure marocaine
Paris n’était pas un choix anodin. Le week-end dernier, le Rassemblement national des indépendants (RNI) a réuni dans la capitale française des représentants de la communauté marocaine à un moment particulièrement sensible pour les relations entre la France et le Maroc. Cette rencontre intervient alors que les deux pays s’engagent dans une nouvelle phase diplomatique que Rabat qualifie déjà ouvertement de relation « plus complète » et « structurelle ».
Le message lancé par Mohamed Chouki allait bien au-delà d’un simple événement interne au parti. Le dirigeant marocain a insisté sur le fait que les MRE doivent jouer un rôle actif dans la vie publique et politique du pays, mais il a également évoqué leur capacité à renforcer la présence du Maroc à l’étranger. Selon lui, la diaspora participe « au rayonnement du Maroc » et constitue un pont avec les pays d’accueil.

Le roi du Maroc, Mohammed VI, et le président français, Emmanuel Macron, se serrent la main à Rabat, au Maroc, le 28 octobre 2024 – PHOTO/ Agence de presse marocaine Diffusée via REUTERS
Cette scène s’inscrit dans un contexte politique assez profond. Rabat tente depuis des mois de reconstruire ses relations avec Paris après plusieurs années marquées par des tensions diplomatiques, les restrictions françaises en matière de visas et la détérioration des relations entre la France et l’Algérie. Aujourd’hui, le ton a complètement changé.
Au ministère marocain des Affaires étrangères, on parle déjà ouvertement d’une « nouvelle phase » avec la France. Et la future visite d’État de Mohamed VI à Paris apparaît à Rabat comme la preuve la plus visible de ce revirement politique.
Rabat souhaite une relation stable avec la France
Ces dernières semaines, les responsables français et marocains ont multiplié les déclarations sur la nouvelle étape bilatérale. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a confirmé que Paris et Rabat préparaient un traité stratégique destiné à renforcer la coopération politique, économique et de sécurité entre les deux pays.
Du côté marocain, Nasser Bourita a repris une expression devenue courante dans la diplomatie marocaine : « partenariat d’exception renforcé ». Cette formule a commencé à être utilisée après la visite d’Emmanuel Macron à Rabat et résume assez bien ce que le Maroc recherche désormais avec la France : une alliance stable, moins dépendante des crises politiques et bien plus large que la simple coopération bilatérale traditionnelle.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot – REUTERS/LUDOVIC MARIN
À Rabat, on estime que le contexte international joue également en leur faveur. La France traverse une période difficile dans une partie du Sahel africain et a besoin de se constituer de nouveaux soutiens dans la région. Le Maroc tente d’occuper une partie de cet espace, en renforçant son rôle de partenaire économique, politique et militaire de Paris. C’est là que les MRE commencent à prendre une autre dimension.
La communauté marocaine installée en France reste la plus importante d’Europe. Il ne s’agit pas uniquement d’une question démographique. Entrepreneurs, élus locaux, universitaires, associations et professionnels franco-marocains forment depuis des années un réseau doté d’une influence sociale et économique propre. Ce que l’on commence à observer aujourd’hui, c’est une tentative plus claire d’intégrer ce réseau au discours politique et diplomatique marocain.
Les propos de Chouki à Paris ont été assez révélateurs à cet égard. Le président du RNI ne s’est pas contenté de parler de liens culturels ou de participation électorale. Son intervention a tourné autour d’idées telles que la représentation, l’influence et la présence stratégique à l’étranger. Ce langage n’était pas fortuit.

Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, accompagné du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot – PHOTO/X/MAROC DIPLOMATIE
La perception française du Maroc évolue
Le contexte politique français aide à comprendre pourquoi Rabat considère ce moment comme particulièrement favorable. Un sondage publié cette semaine par le média francophone Le360 indiquait que le Maroc apparaît de plus en plus aux yeux des Français comme un partenaire stratégique et un allié prioritaire de Paris. Le contraste avec l’Algérie est particulièrement frappant.
Cette publication a par ailleurs coïncidé avec un nouvel épisode de tension diplomatique entre la France et Alger, sur fond de désaccords migratoires et politiques qui détériorent depuis des mois les relations entre les deux pays.
Au Maroc, plusieurs médias proches du pouvoir ont interprété ces données comme une confirmation de la stratégie diplomatique menée par Rabat ces dernières années. La reconnaissance par la France du plan d’autonomie marocain pour le Sahara a marqué un tournant important. Depuis lors, les autorités marocaines insistent de plus en plus sur l’idée d’une relation privilégiée avec Paris.

Citoyens marocains et français – PHOTO/ARCHIVES
Dans ce nouveau contexte, la diaspora commence à occuper une place bien plus visible. Non seulement en tant que communauté d’émigrés liée au Maroc pour des raisons familiales ou économiques, mais aussi en tant qu’acteur capable d’influencer l’opinion publique française et les débats particulièrement sensibles pour Rabat.
Paris est en effet devenue le principal théâtre extérieur de cette stratégie. Ce n’est pas un hasard si le RNI a précisément choisi la capitale française pour lancer ce message. Il n’est pas non plus fortuit que le discours sur les MRE intervienne précisément au moment où le Maroc et la France négocient une coopération plus étroite en matière politique, économique et de sécurité.
Les MRE gagnent en importance dans la stratégie extérieure marocaine
Pendant des années, le discours officiel marocain sur les MRE était centré avant tout sur les transferts de fonds et le maintien des liens culturels avec le pays. Aujourd’hui, l’approche semble beaucoup plus large.
Dans les récentes déclarations des responsables politiques marocains, on trouve de plus en plus de références à l’influence internationale de la diaspora, à sa capacité à défendre les positions de Rabat et à son rôle dans la projection extérieure du Maroc. La différence est significative.
Chouki lui-même a insisté à Paris sur le fait que les Marocains résidant à l’étranger doivent participer plus activement à la vie publique nationale. Mais derrière ce discours se cache également une autre idée : la volonté de faire de la diaspora une extension de l’influence marocaine en Europe.
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À l’heure actuelle, la communauté marocaine est la seule diaspora étrangère en Espagne, en Belgique et aux Pays-Bas à dépasser le million d’habitants – Depositphotos
Le contexte régional explique en partie cette évolution. Alors que la France redéfinit sa politique en Afrique et traverse une crise de plus en plus profonde avec l’Algérie, Rabat tente de s’imposer comme l’un de ses principaux partenaires au Maghreb et sur le continent africain.
La future visite de Mohamed VI en France sera perçue au Maroc comme bien plus qu’un simple geste protocolaire. À Rabat, on y voit le symbole politique d’une nouvelle étape dans les relations avec Paris. Et dans le cadre de cette nouvelle relation, la diaspora marocaine commence à occuper une place de plus en plus stratégique.
