Une baisse encourageante portée par le secteur des transports et du bâtiment. Les émissions de gaz à effet de serre devraient reculer de 2,8 % en France cette année, sous l’effet notamment d’une diminution de la consommation liée au chauffage des bâtiments et aux déplacements routiers, en lien avec le niveau élevé des prix du gazole, a indiqué mardi le Citepa.

Cette diminution s’est révélée particulièrement marquée au premier semestre avec un repli de 4,1 %. La trajectoire de baisse devrait néanmoins ralentir à 1,3 % au second semestre, en raison d’une hausse attendue des émissions dans le secteur de l’énergie, selon l’organisme chargé d’établir l’inventaire national.

Une baisse « encourageante » qui « ne suffit pas »

Le chiffre masque toutefois une tendance très irrégulière au cours de l’année. Les émissions nationales ont reculé nettement de 4,1 % au premier semestre mais la baisse devrait ralentir à seulement 1,3 % au second, avec des émissions de l’industrie de l’énergie attendues en hausse à cette période, selon le baromètre du Citepa.

Le rythme reste aussi inférieur à celui qui serait nécessaire pour que la France tienne ses objectifs. Sa feuille de route prévoit une réduction de 50 % des émissions d’ici 2030 par rapport à 1990, ce qui suppose une baisse de l’ordre de 5 % par an entre 2024 et 2030.

« La baisse des émissions devra donc s’accélérer au cours des prochaines années pour respecter les budgets carbone et atteindre les objectifs de la France », relève le Citepa. « L’accélération de la transition écologique et juste n’est pas encore là », déplore Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau action climat (RAC), qui regroupe de nombreuses ONG. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a salué une baisse « encourageante », en reconnaissant qu’elle « ne suffit pas encore à atteindre nos objectifs climatiques ».

Le secteur de l’usage des bâtiments et activités résidentiels/tertiaires enregistre la plus grande réduction des émissions au premier semestre et le recul devrait rester marqué (-5,9 %) sur l’ensemble de 2026 malgré un léger rebond attendu en deuxième partie d’année. Cette tendance « s’explique principalement par le recul des émissions liées au chauffage, à l’eau chaude sanitaire et à la cuisson dans les bâtiments résidentiels et tertiaires, notamment en lien avec la baisse de la consommation de gaz naturel », précise le Citepa.

Baisse des ventes de gazole

Les transports représentent l’autre secteur en fort recul, avec des émissions qui devraient baisser de 4,8 % sur l’ensemble de l’année, après déjà un retrait sur le seul premier semestre. « Cette diminution est en lien avec la forte baisse des ventes de gazole (-7,3 %), observée au premier semestre 2026, carburant utilisé par plus des deux tiers des véhicules routiers », souligne le baromètre.

Les prix de ce carburant se sont en effet envolés sous l’effet du blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran ainsi que d’autres facteurs comme les attaques ukrainiennes sur les infrastructures énergétiques russes et les hostilités entre les Houthis du Yémen et l’Arabie saoudite.

« Les prix élevés des carburants et du chauffage suite à la guerre au Moyen-Orient, mais aussi de denrées alimentaires du fait des sécheresses et canicules aggravées par le changement climatique, deviennent intenables pour beaucoup de ménages et d’entreprises », pointe Anne Bringault. « Sortir des énergies fossiles importées et apporter des solutions alternatives est d’autant plus urgent », juge-t-elle.

L’impact des incendies

En revanche, le secteur de l’énergie « se distingue des autres secteurs par une hausse attendue des émissions sur l’année 2026 », note le Citepa. Après une petite baisse dans la première partie de l’année, « les émissions du secteur repartiraient à la hausse au second semestre, notamment en raison de l’augmentation des émissions liées à la production d’électricité ».

Ce baromètre ne tient pas compte à ce stade des activités liées aux sols et aux forêts, qui absorbent du CO2, bien que ce puits de carbone soit de plus en plus menacé. Mais le Citepa s’est malgré tout penché sur les incendies géants qui ont frappé la France cet été.

« Environ 77.000 hectares ont brûlé en France hexagonale entre le 1er janvier et le 27 août 2026, hors surfaces d’écobuage identifiées », conclut le Citepa dans une première estimation. Cela représente environ 5,7 Mt CO2 émises, « soit une augmentation de 43 % par rapport à l’année 2022, marquée elle aussi par des incendies exceptionnels » et plus du double de 2025.