Au Maroc, l’économie avance vite, et surtout dans des directions très concrètes. Entre la montée en puissance des starups, l’accélération des infrastructures, la stratégie industrielle et le virage vers l’énergie verte, le Royaume est un territoire où sont testés des modèles qui peuvent inspirer la France. 

15 avril 2026


Temps de lecture: 2-3 min

poigné de main entre la France et le Maroc

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En plus d’être un partenaire historique de la France, le Maroc est aussi un terrain d’expérimentation où l’État, les entreprises et les écosystèmes locaux essaient de faire converger développement économique, attractivité internationale et montée en compétences. Dans un contexte où la croissance devrait atteindre 5 % en 2026 selon le Haut-Commissariat au Plan du Maroc, après 4,7 % estimés en 2025, le pays affiche une trajectoire de reprise soutenue par l’investissement, la demande intérieure et la consolidation des secteurs non agricoles. 

 

Un cap économique lisible 

Le FMI 5 (Fonds Monétaire International) anticipe une croissance de 4,9 % en 2026, portée par l’industrie manufacturière, l’automobile, les services et l’investissement public. Cette stabilité macroéconomique, dans un environnement régional souvent plus volatile, donne de la visibilité aux investisseurs et aux entrepreneurs.  

Le Maroc ne fait pas que soutenir l’innovation : il l’organise. En décembre 2025, le pays a débloqué une enveloppe de 1,3 milliard de dirhams, soit environ 149 millions de dollars, pour soutenir son écosystème start-up dans le cadre de la stratégie Maroc Digital 2030. Start Up Researcher évoque un programme plus large destiné à structurer le financement, faire émerger 3 000 startups d’ici 2030 et favoriser l’apparition d’un ou deux licornes marocaines. 

Le Maroc met en avant le venture building, le capital-risque, les réseaux d’accompagnement et l’ancrage territorial via des espaces comme Technopark. Autrement dit, il s’agit de fabriquer des entreprises capables de grandir. 

Pour la France, cela renvoie à une question utile : comment mieux relier ses incubateurs, ses métropoles et ses territoires à une vraie chaîne de passage à l’échelle ? 

 

L’hydrogène vert, pari stratégique 

Le Maroc mise aussi sur un autre axe très lisible : l’énergie propre. En 2024, le gouvernement a annoncé vouloir réserver 1 million d’hectares à des projets d’hydrogène vert, avec une première phase de 300 000 hectares pour attirer les investisseurs. En 2025, un comité gouvernemental a approuvé des projets d’hydrogène vert d’une valeur totale de 319 milliards de dirhams, soit environ 32,5 milliards de dollars, destinés à produire ammoniaque, acier et carburants industriels. 

Ce pari est important pour les entreprises françaises, car il montre comment un pays peut construire une ambition industrielle autour d’avantages comparatifs clairs : soleil, vent, foncier, position géographique et proximité avec l’Europe. Le Maroc ne vend pas seulement une promesse verte, il construit une filière. Les start-ups françaises s’inspirent de cette approche plus intégrée, où la transition énergétique est aussi pensée comme une politique industrielle et exportatrice. 

 

 Une coopération franco-marocaine très concrète 

Entre 2024 et 2025, les deux pays ont conclu une série d’accords d’investissement totalisant près de 10 milliards d’euros, centrés sur les transports, les infrastructures et les énergies renouvelables. Parmi ces accords figure la création d’une joint‑venture (coentreprise) à 50/50 dédiée aux infrastructures durables, dotée de 300 millions d’euros de capital, visant à cofinancer des projets sur l’ensemble du territoire marocain, y compris dans les provinces du Sud. 

Dans l’énergie verte, des groupes français comme Engie, TotalEnergies ou EDF ont signé des contrats majeurs pour développer des projets solaires, éoliens et d’hydrogène vert, notamment dans les régions sahariennes à fort potentiel. Un projet porté par TotalEnergies, en partenariat avec l’Agence marocaine pour l’énergie durable, prévoit par exemple plusieurs milliards d’euros d’investissement dans l’hydrogène vert à Guelmim‑Oued Noun, avec une production d’électricité renouvelable destinée à alimenter des usines d’ammoniac ou d’acier décarboné. Là encore, des retombées concrètes : terres, turbines, usines, emplois. 

Dans l’industrie automobile, la coopération s’incarne au quotidien. Renault et Stellantis (ex‑PSA) ont fait du Maroc l’un de leurs principaux hubs de production hors d’Europe, avec des usines à Tanger, Kénitra et Casablanca. Autour d’eux, un écosystème franco‑marocain s’est structuré : l’équipementier français Novares a ainsi investi 25 millions d’euros dans une usine à Kénitra pour fournir des pièces plastiques aux chaînes Renault et PSA, créant plus de 200 emplois et augmentant le taux d’intégration locale du secteur. 

Enfin, la coopération se renforce aussi dans les services et la mobilité. À Rabat, le ministre marocain de l’Industrie Ryad Mezzour et le ministre chargé du Commerce extérieur et de l’attractivité, Nicolas Forissier, ont rappelé en 2026 que la France reste le premier investisseur étranger au Maroc, avec des groupes emblématiques comme Renault, Stellantis ou Transdev dans l’automobile et la mobilité urbaine. Objectif : faire du Maroc une plateforme pour les investisseurs internationaux, y compris français, tout en utilisant la France comme tremplin européen pour les champions marocains. 

 

Un voisin qui inspire 

Le Maroc avance avec une logique simple : cap clair, investissements ciblés, mise en réseau des acteurs et ouverture internationale. C’est ce mélange qui en fait aujourd’hui un pays particulièrement intéressant à observer pour la France. 

Regarder “là où ça bouge” au Maroc c’est observer une croissance en cours, mais aussi, repérer des méthodes, des choix et des secteurs qui montrent comment un État peut se positionner comme plateforme régionale, laboratoire d’innovation et partenaire stratégique de l’Europe.